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NEWS FLASH : Mise en place d'un nouveau design : The Cat And The Mouse (heum... Which is which ?)
La météo de San Francisco pour le mois d'Avril : Attendez-vous à des jours chauds et humides comme le fond d'un slip.
« Il est arrivé d'un coup, toute langue dehors, et m'a léché les verrues en criant que c'était pour mon bien. » a rapporté Antoinette par téléphone, auto-proclamée quatrième victime du Lécheur fou surnommé "Le Lapinou".
Une récolte de fonds a été mise en place par un groupe anonyme afin que le personnel du garage Thompson organise un strip-tease collectif. « Et plus vite que ça » a rapporté l'inquisitrice de cette révolution.
Les cow-boys sauraient nager, d'après le témoignage d'une jeune femme qui est sortie heureuse de sa douzième tentative de noyade spontanée.

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 « I felt like destroying something beautiful. » || Lia & Allan

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MessageSujet: « I felt like destroying something beautiful. » || Lia & Allan   Mar 17 Juil - 0:40


Le sang s’égoutte au creux de ma main, crevant ma peau perle après perle et je jure entre mes dents serrées, maudissant une maladresse nouvelle qui m’emmerde comme elle me handicape. Je pisse des larmes contre l’inox de notre évier, méditant sans profondeur sur la douleur et le fait qu’elle fasse pulser le plaisir dans mes veines qui s’évident.
Je me soigne sans précaution, faisant hurler ma plaie sous l’alcool avant de la voiler par un bandage qu’une mitaine cachera. Je laisserai mon père me réparer plus tard, confiant mon échine aux soins de ses mains dans un battement de cœur. S’il me voit maintenant, il m’empêchera de travailler mais j’ai envie de plonger mes coudes dans le ventre d’une bête d’acier qui a besoin qu’on la bouscule un peu pour réapprendre à ronronner. Je veux me confondre avec la taule, disparaître sous la ferraille et qu’on me baptise comme je les vidange.

Je veux aller exhiber ma plaie ouverte à Michael et l’écœurer en la pressant contre sa peau qui me fuira comme la peste, accompagner le spectacle de bruits agonisants, presser mes lignes pour qu’elles suintent tandis qu’il gueulera. Je souris de mes lèvres mordues par l’impatience, le cherchant des yeux. Mais il rit avec mon père tout formel dans son rôle de maître de nos rouages, impressionnant patron d’un monde qui l’aime et marche droit pour le rendre fier. Je remets à plus tard, forçant du bout des doigts sur ma plaie qui hurle un instant et en se calmant me pulvérise un peu d’extase.

J’aimerais appeler Mathieu, lui tendre la main. Percer un rien d’inquiétude dans son regard et balayer le tout d’un sourire. Ne rien dire. Sentir la chaleur de ses doigts sur les miens toujours froids. Et le laisser me bander un tissu au sang. Un linge au corps. Un cœur à tord.

Mais je griffe seulement ma petite enflure, séduite à l’idée. Je souffle contre mon injure, vivante d’être heurtée. J’en aime la tournure, ternie par le danger. J’enroule ma main dans une bande que mon sang macule déjà doucement, le souillant d’une couleur que la lumière du jour assombrie. De dehors, Max me tourne le dos et je le mate comme on prend une invitation, me demandant s’il sauterait d’un pont avec moi si je lui demandais. Le vertige me manque, je me provoque sans cesse ces derniers jours et le prochain heurt fera bien plus mal qu’une entaille. J’ai besoin qu’on me fasse peur, qu’on me frappe d’une beauté extrême et dangereuse, qu’on me rappelle que le monde est effrayant, titanesque, un champ de mines pour une enfant.

La tige qui perce ma langue joue machinalement contre mes dents qui sourient à mon père une joie exagérée. Je rêve d’un volcan tandis qu’il ouvre les portes du garage donnant sur la rue et son tumulte. Je pense à sa lave qui bouillonne et me souhaite morte pendant que le bruit des autres infiltre la pièce, ma tête, mes mains. Ses parois qu’on gravit en sachant se brûler, ses pieds qu’on écrase comme des fourmis chatouillent les nôtres, sa royauté qu’on insulte en pensant la dompter. J'irai escalader la roche d'un vivant qui menace, avant que ma main ne soit remise. J'emmènerai avec moi les ambitions des crevards et les ferai fondre dans son ventre. Ma main saine ouvre le capot d'une vieille Chevrolet. Je respire, me fige, explore. Le trafic dans la rue se tait.
J’écoute Michael siffler, je rêvasse. Et puis entends un air de guitare l’imiter, je grimace.

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MessageSujet: Re: « I felt like destroying something beautiful. » || Lia & Allan   Jeu 2 Avr - 21:33



Vous entendez la ville qui s’éveille ? Les costumes qui retrouvent le trottoir en suivant le courant, qui se croisent sans se regarder dans les yeux, comme s’ils avaient peur de ce qu’ils y trouveraient. C’est triste, non ? Ils s’évitent, on croirait qu’ils vont prendre le jus s’ils se frôlent de trop près. Y en a même qui s’insultent. Je vous jure. Alors qu’ils se ressemblent comme deux petits raisins que la vie finira par écraser pour les boire. Peut-être qu’il y en aura un qui sous sa vie de goutte glissera des lèvres au menton mais à peu de choses près, on finit tous sous le béton. Les costumes se rendent pas compte. Et puis y a les voitures qui grondent, les tramways qui reprennent leurs rondes et les mômes qui trainent des pieds. Un vrai ballet.

Vous voyez, ce grand gars en jean, avec ses lunettes de soleil orange et le grand étui à guitare ? Bah c’est moi. Le jean je l’ai depuis mes seize ans, les lunettes viennent d’elle et dans l’étui, y a mon unique possession. On dirait pas comme ça, mais je suis riche. Plus riche que la plupart des gens. Je crois qu’il serait plus honnête de préciser que je parle pas du genre de richesse à laquelle tout le monde pense, mais d’une forme bien plus importante.
Je sais ce que vous vous dites : c’est facile de cracher sur les gens qui bossent, mais on fait pas ce qu’on veut dans la vie. Ça vous ferait quel effet, si je vous répondais que si ? Que justement. C’est même tout ce qu’on peut faire, vivre, quand on y pense. Et quand on vit, on baisse pas la tête, on regarde pas les pavés même s’ils sont –wahou– super bien posés.

On fait comme ça : on pose son étui, on prend sa guitare, on attend. Bon c’est vrai que ça se voit pas non plus sous mes lunettes, mais je suis le plus heureux des hommes. J’ai la meilleure vie qui soit. Je mentirais si je disais que je changerais pas deux trois choses par-ci par-là, que je rendrais pas la vie à ceux qui l’ont plus si je pouvais, que j’inverserais pas les richesses comme on retourne un sablier, si j’en avais l’opportunité. Mais justement, j’y travaille. Et ça me rend heureux. C’est beau, d’aimer son travail. Le mien consiste à faire tout ce que je peux pour les autres, tant que j’en suis capable. Non, je me prostitue pas. Je suis amoureux, alors ça compliquerait. Non moi, j’aide un justicier. Ah ! Je savais bien que j’arriverais à vous rendre jaloux. Mais vous avez aucune raison de l’être, vous aussi vous pouvez en devenir un. Vous pouvez choisir de faire une différence tous les jours ou bien continuer votre chemin. La justice, c’est prendre des détours. C’est mettre une capuche et se cacher dans l’ombre, la plupart du temps. Mais c’est aussi dire ce qu’on pense. La justice c’est sortir de son confort. La justice, c’est être vivant.

Aah, le spectacle commence enfin ! Le bruit que vous entendez, c’est la levée du rideau de fer. Les lettres « Thompson » se ratatinent et montent pour nous ouvrir  une fenêtre sur le monde. Bon je vous rassure, je souris pas toujours comme un ahuri, ce serait un peu cliché après tout ce que je viens de vous raconter. Mais il se trouve que je viens de l’apercevoir. Vous la voyez ? C’est pas bien dur de la remarquer, je crois que c’est la seule fille du quartier. Elle a mis un bandana rouge dans ses cheveux, on dirait une pin-up. Faudra que je le chante ça, ça va l’énerver. Vous avez remarqué qu’elle a noué les bras de son bleu de travail autour de son ventre ? Elle le fait tout le temps. Qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente. Des fois je me demande à quoi il ressemble quand il est pas comme ça. À Monsieur Chatouilles, probablement. Avec des manches toutes flasques toutes grandes.

Non je sais, elle ne m’a pas remarqué. Pas encore. Je vous ai bien dit qu’une partie du travail se faisait dans l’ombre. Le meilleur moment, c’est quand elle fait semblant de ne pas m’entendre. Quand elle serre les dents, quand elle prétend que je suis transparent. Je veux bien être invisible mais je mourrai avant d’être insonore. Il faudra me passer sur le corps. D’autant que Jane –je vous ai pas encore parlé d’elle, je la garde encore un peu pour moi– n’apprécierait pas.

Le petit jeune qui siffle, là, c’est Mickey. Je sais pas s’il s’appelle vraiment Mickey mais ça lui va bien. C’est le plus gentil de tous. Il rit pas –Ha ! Ha ! – comme l’autre Mickey, ce qui est dommage, mais c’est un bon gars. D’ailleurs, ce qu’il siffle, là, je connais. Oh bordel. On y est. Vous êtes prêts ?

Je sais, c’est impressionnant. Mes doigts l’imitent parfaitement, comme un perroquet. Et vous avez remarqué ? Rien qu’une seconde, elle s’est arrêtée de bouger. Elle sait. Aah, ouais, j’en souris de toutes mes dents. Ce que c’est bon ! Ça amuse Mickey qui siffle la seconde ligne, en bon complice. Je vous avais dit que c’était un brave type. C’est quoi, à la fin, un la ? Un ré, ça me revient ! Vous êtes pas d’une grande aide, mais je vous garde quand même.

Le rire qui vient d’éclater, franc, massif et sincère, est à l’image de son propriétaire : Max. Celui qui hoche la tête sur ses grandes épaules carrées, l’air pas très bien reposé, comme s’il avait passé une nuit pas catholique. Il me fait un signe. De baisser le volume ? Ah non, le contraire ! Grand fou. Il sourit, quand j’obéis. Je sais, on dirait qu’il tousse quand il rit. Sûrement parce qu’il a toussé cette fois.

« Hey, hey Lia ! Hey hey Liaaaa-ah. ♪ »

Mon cœur s’élève à l’unisson avec ma voix. Je me sens bien, j’adore mon travail du matin. Faut vous habituez à ce sourire, parce qu’il risque de rester où il est pendant un bout de temps. Je pense à Jane –j’y viendrai, soyez pas si impatients– chaque fois qu’un accord change. J’ai des papillons dans le ventre, à tout mélanger à la fois. Elle m’a regardé, juste là. Faut un peu prêter attention à ce qu’il se passe. Furtivement, c’est vrai, mais elle m’a regardé. Un de ses gaillards lui a pressé l’épaule en essayant de manger son sourire. Ça l’amuse pas alors ça m’éclate. Je suis complet. Utile. Inspiré. Transis.

« Hey, hey Lia ! Hey hey Liaaaa-ah. ♫ »

Je vous avais bien dit que j’étais riche.
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MessageSujet: Re: « I felt like destroying something beautiful. » || Lia & Allan   Mar 30 Juin - 22:14


Sa rengaine agace mes nerfs comme la main chaude d’un amant après l’aveu. Mes muscles tiquent pour se défaire de ses prières pour une nouvelle caresse. J’essaie de me composer une nouvelle patience mais échouant sans surprise me retrouve à fantasmer sur un feu de joie alimenté par sa foutue guitare.
Je presse la plaie qui sature ma paume, en quête d’une distraction soudaine que la douleur aiguë apporte en bonne chienne. Inspirant, j’examine avec tendresse le ventre de la bête endormie qui me fait face, gueule béante. Tous ces capots sont pour moi autant de terriers qu’Alice envie depuis son jardin, des appels au danger et à l’évasion résultant constamment en la sauvegarde d’un tout autre monde, la survie d’une entité de chrome et de jus qui renverserait sans ciller lapins pressés et autres bêtes mutantes. J’imagine sans mal le bijou ronfler à nouveau quand le sifflement de Mickey se couche sur ma vision. Je lève les yeux sur son sourire, le fusillant du regard. Je jure que si l’autre répond, je les attache tous les deux au poteau où brulera son engin de malheur.

Et il répond. Je me redresse, paumes contre taule et secoue la tête pour chasser mes envies matinales de musicide. Max, entre deux allers et venues, passe à côté de moi, un sourire aux lèvres. « Tiens bon, Miss Vidange. » s’amusent ses dents blanches. « Ouais. » je le dispense dans un souffle, pas d’humeur à répondre. Ma réaction l’amuse, je devine sa moue sympathisante. « Et c’est même pas neuf heures. » Je lève les yeux sur les siens, rieurs. « Une bonne heure pour aller se faire foutre. » Il prend un air choqué, le O de sa bouche vite déformé par un sourire. Mon attention revient à la voiture, l’ombre de Max sort du garage. Et les éclats de son rire impactent ma nuque jusqu’à se faufiler sous ma peau et tirer sur mes propres lèvres. Ce con est irrésistible.

« Hey, hey Lia ! Hey hey Liaaaa-ah. ♪ »

Ce con-là l’est beaucoup moins. Je détends mes doigts à m’en faire blanchir les jointures, me retournant à la recherche d’un soutien quelconque, sûrement imaginaire. Mes yeux se posent une seconde sur lui ; ses cheveux défaits, son sourire ravageur, ses mains sur l’instrument qu’il tient haut, son corps qui bouge, nonchalant, sur son propre rythme. Je me demande parfois ce qu’il fout là. Ici en particulier. Qu’est-ce qui suffirait à le décourager ? Pourquoi ne me fout-il pas la paix ? Pourquoi est-ce qu’il s’accroche à ce trottoir comme un vieux tapin en fin de gloire ? La complicité lisible entre Max et lui me dépasse.

Je lève les yeux au ciel, désespérée, quand Mathieu débarque toutes fossettes dehors. Mes bras retombent, je cherche sur ses traits l’inspiration qui m’aiderait. Il approche, le parfum de son premier café suspendu aux lèvres. Mes mâchoires se serrent à rompre quand j’hoche la tête lui signifiant que ça y est, le jour qu’on redoutait est arrivé. Je vais commettre un crime affreux. Mêlant mon sang à la graisse de moteur, je vais devoir m'emparer du coq et lui tordre le cou. J’espère qu’il profite de son dernier jour, il ne verra pas la levée du prochain. « J’vais le buter. » je siffle entre mes dents, résolue. Une étincelle pétille dans ses yeux qui sans la libérer la posent sur mon épaule. Ses longs doigts serrent ma peau avec douceur, l’air de compatir. Quelque chose, dans son attitude, me force à prendre un recul saisissant sur la situation. Et un instant, je me laisse faire, craquant un sourire incrédule. « Peut-être pas tout de suite. » je tique, clémente sous sa main. Il me lance un regard de "Tu vois quand tu veux" avant de me laisser soupirer contre la fraicheur d’un matin sans brasier. Mais tout ira bien. Il finira bien par se taire. Par avoir soif. Ou mal. Oh oui, grand mal. Chut, tout est calme.

« Hey, hey Lia ! Hey hey Liaaaa-ah. ♪ »

Aaaarh ! Sa voix est encore plus forte que la première fois. J’aimerais juste… faire hurler un ampli afin qu’il couvre le tout. Mais mon père, pour une obscure raison, préfère respecter les clients et  nos voisins. L’autre s’excite. Il en redemande et ma tolérance s’épuisant creuse mes carences. Je vais me dévouer corps et âme à ma Chevrolet, m’égarer dans ses appels au secours et lui rendre justice avec tendresse. Rien qu’elle. Juste moi et la princesse. Mais sa guitare grince encore. Alors, lui tournant toujours le dos, je lève les bras aux cieux, majeurs tendus hauts et fiers. « Ooooh ! » raille au loin la voix de Max par-dessus le rire doux du crétin que je préfèrerais aussi détestable que sa fascination pour mes nerfs.

Il serait plus facile de me ruer sur sa pauvre personne et lui arracher son putain de bout de bois des mains, s’il n’avait pas l’air profondément bon. Mon monde serait plus calme depuis longtemps, si ses tours n’étaient pas imprégnés de cette différence les rendant parfaitement enchanteurs. J’aimerais tant qu’il soit aussi entièrement mauvais que chiant.
Mais non. Et je demeure là, mes mains fixes et incapables de travailler parce qu’il… ne chante plus. Que le silence est là et qu’il m’est impossible d’en profiter, obsédée par un compte à rebours qui m’entête et me fait me demander ce qu’il attend. Ce qu’il nous couve. Ce qu’il mijote, radieux et insupportable depuis son autre côté du bitume. J’attends. J’attends mais rien ne se passe et mes doigts demeurent là, à jouer avec un peu de cambouis tandis que le silence révèle les bruits des autres se révélant peu mélodieux. Putain. Ce connard m’a complètement détraquée. Comme je le hais ! Est-ce qu’il est encore là ? Sachant que je ne devrais pas, je me retourne pour m’en assurer. Il me voit faire et je ne me reprends pas à temps pour ne pas saisir son expression victorieuse, couronnée par son sourire espiègle. Sale gosse. Bon et alors, t’as perdu ta voix ? J’attends.

Ça doit avoir un nom, ce syndrome de Stockholm, ce masochisme que je n’avouerai jamais. Je sais que la première note m’irritera mais elle m’est devenue familière. Le synonyme magistral de ma colère, la transposition de mes nerfs. J’entends et mon corps suit, répondant à l’appel pour toujours finir dans le même état : à l’envers.

Sûrement inspiré par mon erreur tactique, il gratte quelques accords brouillons. Je râle sous ma main saine, me maudissant de l’avoir encouragé. Il semble avoir trouvé une nouvelle mélodie et cesse donc, pour mieux reprendre son œuvre. Il inspire, prêt à-

Ta gueule !

Ça fait du bien.
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MessageSujet: Re: « I felt like destroying something beautiful. » || Lia & Allan   Ven 3 Juil - 16:41


J’adore le matin, pas vous ? Ça a une odeur que les autres moments n’ont pas. Vous savez, quand le parfum de votre gel douche de mec – qui lave le cul, les poils et la tête – est encore suspendu autour de vous et qu’il a l’air de vous suivre comme ça dès que vous bougez. Vous vous sentez propre, vous vous sentez bien, vous vous sentez frais et prêt à prendre le monde en otage pour le tenir par les chevilles et le secouer jusqu’à ce que ses poches se vident sur vos pompes. C’est beau, le matin. C’est une chance que nous donne la vie chaque jour de faire quelque chose de bien. Aujourd’hui est notre jour. Tous les jours, jusqu’à ce qu’on abandonne. Et comme ce vilain mot ne fait pas partie de notre vocabulaire, on a pas le moindre soucis à se faire. Ouais, j’aime bien le matin.

Vous avez vu ? Non ? Max non plus. J’viens de lui faire un clin d’œil mais il l’a pas su à cause de mes lunettes de soleil. Rha, tant pis. Je pince une corde sur laquelle mon pouce insiste – toum toum toum toum toum – on dirait une basse, pour attirer son attention. Dans mon jargon, ça veut dire « Max ? Max ? Max ? Max ? ». Il tourne la tête tout en haut de sa belle carcasse. Vous trouvez pas qu’il a ce quelque chose de rassurant ? Une espèce de force tranquille qui me rappelle Little John. Je souris quand il me sourit en levant le menton. « Est-ce qu’on la tient ? » Il hoche la tête, l’air de me dire que j’ai même pas idée. Il fait ce signe avec ses doigts, voyez ? « Oh, elle est à point. » Sa moue appréciative m’emplit de fierté. Pour ne rien perdre, on va suivre son regard retourné dans le garage.

Elle est penchée sur une voiture heu… noire, savez, super basse avec le devant tout rectangulaire. Y a un peu de gris sur le truc, la pièce qu’est devant. C’est une belle voiture, ça c’est sûr, enfin si on aime les voitures, je suppose. Pour être honnête, j’ai pas vraiment l’œil pour ça, je retiens plus facilement leurs bruits. Quand elle démarrera à nouveau, j’pourrai vous dire exactement de quel genre il s’agit. Parce qu’elle démarrera, c’est sûr. Dans ce garage ce sont les meilleurs. Ils ont même des fans, hein, et je parle pas que de moi. Amélialialia – c'est plus mélodieux comme ça – a tout un fan club de mecs en rut qui arrivent  sûrement conseillés par leurs potes – d’autres mecs en rut – vu qu’ils la demandent par son prénom, y a des nanas qui passent deux fois par jour refaire leur plein en rêvassant sur les mains de Max, Mickey a même déjà reçu un pourboire d’une bonne femme qui insistait pour lui coincer dans le slip et Mathieu a une armée de groupies avec pleins de soucis de banquettes du genre « Tu crois qu’on est bien, sur ma banquette ? » et qui finissent souvent avec un miroir grossissant dans leur pare-soleil. Ah, c’qu’elle est forte ! Mais son secret est en sécurité avec moi. Enfin, tant que j’ai pas trouvé un moyen de le faire rimer.

Oh ! OH ! J’suis d’accord avec vous, c’est pas très poli ce qu’elle vient de faire. Elle m’a pas fait un doigt, elle m’en a fait deux dont un tout crasseux. C’est un bandage, ça ? J’espère qu’elle va bien. Max a été secoué par quelque chose de viril, un son qui ne sort que lorsqu’on est entre potos, ce genre de « Ooooh ! » qui éclate quand il vient de se passer quelque chose de très bon. Je ris, bien dans mes groles. Parce que c’est sûr, elle m’écoute.
Vous savez, y a peu de personnes qui savent m’entendre comme elle le fait. La plupart des passants m’ignore comme si j’étais le panneau d’une pub qu’ils ont déjà lu – c’est bon, on connait le slogan – une centaine de fois. Mais pas elle. Bon, c’est sûr, elle n’a pas l’oreille de Jane – j’y viens, j’y viens, on se retrouve dans un paragraphe ou deux et promis, je vous dis tout de ma Jane – mais c’est normal, personne n’a son oreille. Amélialialia rend ma musique vivante. Comme si mes chansons étaient un personnage à part entière dans cette belle rue – probablement un morveux infatigable, tout rouge avec la gueule toujours ouverte, de son point de vue – et qu’il n’y avait rien au monde capable de le faire taire. Elle donne à ma musique une importance qui surpasse les applaudissements de n’importe quel auditoire parce qu’elle, elle la ressent. Elle est incapable de l’ignorer, elle l’écoute et ça la possède toute entière. J’ai l’impression d’être un marionnettiste tirant sur ses ficelles, grâce à elle. Et tous les hommes qui l’entourent m’aident à peaufiner la scène, à arranger le décor, à monter le son de la musique. Ils sont parfaits, vous trouvez pas ? C’est quand même beau, d’aimer son public.

D’ailleurs, j’ai hâte que l’Artiste soit là. C’est un grand gars lui aussi, à peu près haut comme ça, ou plus comme ça. Grand et beau. Ce qu’il est beau, je vous jure. J’ai jamais vu des yeux aussi vifs que les siens depuis Will. Il me rend pas toute chose – oulala – parce que comme je disais, je suis amoureux, mais attendez un peu de voir l’effet qu’il a sur les gens. Il croque avec un œil bien à lui les visages des passants, il est super doué, vraiment, et souvent y a des filles bien californiennes qui viennent, toujours dans leurs bikinis, poser juste là – sur ce pavé – wahou – voyez ? – en sortant leurs nibards pour qu’il les remarque. Mais son truc à lui, c’est les visages. Alors il s’occupe pas vraiment de tout ce qui dépasse de leurs soutifs, ce qui est drôle à voir. Y a dans ses portraits un humour indéniable qui semble pas à la portée ni du goût de tout le monde. C’est peut-être mon meilleur auditeur, l’Artiste – j’essaie mais j’arrive pas à lire son prénom en bas des toiles, quelque chose comme Timon ou Tyson ou peut-être Jajias, vous pensez que c’est possible ? – il est quasiment toujours de bonne humeur et il apprécie le panorama comme personne quand notre belle muse là bas au fond redouble d’originalité pour m’envoyer me faire foutre. Il s’est même déjà pris un « Carre-toi tes crayons dans l’fion, l’ahuri. » en pleine gueule parce qu’il se marrait là, trop près de moi. C’est un brave gars. En plus il sent bon, ça se sent quand le vent pousse dans ma direction. J’ai hâte qu’il soit là, j’espère qu’il ratera pas trop du spectacle.

Parlant de gens qui sentent bon. On y est : le parfum de ma Jane. Vous êtes prêts, hein ? Même mieux, vous êtes impatients. C’est normal, je vous comprends. Elle est parfaite. Elle a toujours été parfaite c’est pourquoi je peux affirmer sans le moindre doute qu’elle le sera toujours. Immisçons-nous dans mon flash back, n’ayez pas peur de suivre la lumière blonde. On s’est rencontré au lycée, mes parents étaient encore là – c’est important, vous comprenez, ça veut dire qu’ils ont eu le temps de la connaitre – et ils l’aimaient. Ce serait ridiculement attendu que je vous dise que je l’ai aimée dès que je l’ai vue, non ? Vous en faites pas, ça c’est pas passé comme ça. Ma Jane, je l’ai aimée dès que je l’ai entendue. Suivez-moi jusqu’au bout de ce couloir. Voilà. C’était à ce moment-là. Vous la voyez pas ? Normal, elle est assise derrière cette porte. Quelqu’un vient de la faire rire et j’essaie de la retrouver à travers le hublot mais elle me tourne le dos. Je fais de la buée contre la vitre, n’allez pas en rajouter ou on va se faire repérer. Elle rit et ça fait danser ses cheveux blonds. C’est mon tout premier souvenir d’elle. N’allez pas en faire n’importe quoi, il est précieux. On est rapidement devenus amis et vous vous dites « “amis” » en faisant des guillemets imaginaires avec vos doigts mais c’était pas la peine de les dégainer parce qu’on a vraiment été amis, les plus bons qui soient. Complices, à avoir des blagues qui ne marchent qu’entre nous et qui font que tout le monde autour se sent seul, même si on est deux contre quarante. Elle aimait ma musique comme personne, elle me comprenait et savait déjà s’en faire comprendre. J’avais sa chanson dans le cœur quand on s’est embrassé pour la première fois. Ah, ma Jane… Vous voulez la voir ? Venez avec moi dans mon second flash back – attention il va faire un peu noir – elle se trouve juste au bout. C’est le jour où j’ai enterré mes parents. Les deux d’un coup et côte à côte. Ils étaient ma seule famille sur terre. Ils me manquent énormément mais vous voyez, dans ma main ? La sienne, serrée. Elle tient fort sa paume contre la mienne comme pour tenir fermée une fissure d’où s’écoulerait tout mon sang, tout mon son et tout mon sens si elle ne le faisait pas avec tant d’amour. Elle est la raison pour laquelle je suis debout et quand elle se tourne vers moi, juste ici, vous savez ce que je me dis ? Je me dis qu’elle sent la fin du monde. La fin du mien – attention – la fin de la misère et des douleurs. Elle sent l’espoir et les promesses, elle sent la justice de l’avenir. L’amour, la musique, la vie. Aussi doux que son cœur. C’est ça, son parfum. Et je le retrouve nulle part ailleurs.

Wow, dis donc ! On était partis loin ! Ça fait un sacré décalage horaire, vous trouvez pas ? Au soleil, je dirais qu’il est à peu près neuf heures. On apprend à lire le soleil, quand on vit dans la rue, même si c’est pas toujours facile au milieu des buildings. On en était où, de tous nos acco ─ Hé ! Elle s’est retournée ! Aww ! J’en sautille en agrippant fort ma guitare tout contre moi. Elle a même levé son sourcil, l’air de me demander ce que je fous, si tout va bien. Rho c’que c’est trognon ! Et l’Artiste qui n’est pas là pour voir ça. Voyons voyons, vite, mes doigts se baladent à la recherche de la musique parfaite, avant que le moment soit passé. Non, pas ça. Non non, plus fun. Ça, c’est pas mal, non ? Non non, il me faut plus de victoire. Je sais !

Ta gueule !

M’en fous, je suis au sommet du monde ! Elle pourra prétendre tant qu’elle veut, on sait très bien ce qu’il vient de se passer, tous les deux. Elle s’est inquiétée, elle a du croire que je m’étais étouffé. Alors que j’étais juste parti vous présenter à Jane. « Maaaax ! » j’appelle à voix basse, tout excité. Je lui fais ce signe, regardez : mes yeux, ses yeux, mes yeux, ses yeux. Elle m’a regardée ! Elle s’est retournée et elle m’a dit que mon silence lui déplaisait, qu’elle ne pouvait plus se passer de moi, que sans mes chansons, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. Enfin presque, quoi. Tout est dans le regard. Ooh, elle vient, ma chanson. Et elle va traverser un océan.

« Cause I’m on top of the world, ‘ay
I’m on top of the world, ‘ay
Waiting on this for a while now
Paying my dues to Lia. ♪ »

Je connais que le refrain mais il est exactement celui qu’il me faut. Ce que c’est bon ! Elle a posé son font sur la voiture, on parie qu’elle va être toute recouverte de cambouis ? Ça va l’énerver ! Cette journée commence à peine et elle est déjà parfaite.

Si je lui matais le cul, je jurerais que Max est en train de se dandiner. Mais comme je ne lui mate pas le cul, j’ai pas du tout le moyen d’en être sûr. Je vous laisse le soin de vous faire votre idée. De toute façon, je ne tiens pas en place non plus. Je sais je sais, elle a l’air dépité comme ça, mais au fond tout au fond elle est soulagée, ça lui fait du bien parce que :

« She’s been waiting on me, ‘ay
Been holding it in for a while, ‘ay
But Lia, she’s all alright now
Been dreaming of this all my life
I’m on top of the world ! ♪ »

Le sourire de Mickey s’enveloppe autour de mon cœur comme une couverture chauffée par le soleil. Ce gamin est radieux et l’amuser me donne le sentiment d’être millionnaire – en mieux, en moins pauvre de l’intérieur – d’autant plus que je sais qu’il a un peu peur d’elle. Il sait qu’elle aboie sans mordre mais quand on est aussi bon que lui, on est d’avantage blessé par  les mots que le reste. Heureusement qu’elle le sait aussi, cela dit. J’ai même longtemps cru qu’il était son petit frère. Parce qu’il a beau pas payer de mine avec ses irrésistibles yeux de chiot et ses petites boucles brillantes, il a un sacré caractère quand il s’y met. Mais vous inquiétez pas, il s’y met jamais contre moi. Juste contre Lia quand ça leur chante – et quand ça leur chante, je fais la musique – je crois même que c’est le seul qui répond en gueulant quand elle gueule, on dirait qu’ils ont un dialecte bien à eux. C’est d’autant plus beau qu’ils oublient tout la minute d’après, un vrai chantier. Vous les verrez faire un jour, c’est sûr. Et j’y serai peut-être pas pour rien. Hin hin.

« Dis mon Mickey, tu m’échangerais une chanson contre un café ?  »

Ça me parait honnête. Surtout que Mickey a super bon goût, vous allez voir. Comme leur café d’ailleurs, c’est le meilleur du monde. Je le bois presque aussi noir que les regards d’Amélialialia et il m’est toujours apporté avec entrain. C’est une des meilleures odeurs du matin.
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MessageSujet: Re: « I felt like destroying something beautiful. » || Lia & Allan   Sam 17 Déc - 2:12


J’ai la soudaine vision de mon propre corps bleui par le froid, de mes mains brûlantes et rongées par le gel, de ma carcasse ralentie et surtout de ma gorge rendue muette par une magnifique, une glorieuse angine. J’ai en tête ce superbe futur où j’irai m’immerger dans un bain d’athlète rempli de glaçons et n’en ressortirai que pour courir nue dans une rue le soir, hurlant à m’en griffer les poumons et surtout me rendre malade. Si malade que je pourrais aller, muette et tremblante, saisir le coq par le cou et l’embrasser à l’en faire perdre haleine. Déchainer sur lui ma hargne, ma fougue et toutes mes foutues germes. Poser de ma langue des microbes qui sur la sienne iront ramper et se loger jusque sur ses putains de glandes. Lui couper le souffle dans l’infime espoir qu’il étouffe. Le baptiser à mon nom pour en faire une bête à ma taille. Je le veux figé, muet, terrassé par le mal. Je le fantasme immobile, aphone, en terrible épouvantail.

« Cause I’m on top of the world, ‘ay
I’m on top of the world, ‘ay
Waiting on this for a while now
Paying my dues to Lia. ♪ »

Putain. De. Troubadour. De. Merde. J’abats, à répétition, mon crâne sur la voiture en m’attendant à ce que l’affaire me rende sourde. Peut-être qu’en tapant avec le bon angle. Mais j’ai beau insister rien n’y fait et sa voix jusque dans le fond du garage résonne, l’écho de son crincrin tapant les murs, les taules et mes nerfs à vif. J’ignore comment les autres parviennent à travailler sous la fanfare, quel secret leur permet d’être concentrés malgré le bruit que cette chose émet avec entrain. Chaque note, chaque seconde semble tutoyer ma patience pour lui demander en boucle : Alors, t’en as marre ? Et là, t’en as marre ? Et là ça y est, t’en as marre ? Bah alors ? Tu veux une chanson de connard ? T'as pas dit oui, pourquoi t'as pas dit oui ? Tu veux en avoir marre ? Oh ? T’connais la mare aux canards ? Merde ! Je bondis, me redresse en cherchant un indice dans le regard de n’importe qui. Je sonde le visage de Mickey qui, en me voyant, se met à ricaner bêtement. Je plisse le front, butant sur une évidence qui m’échappe. Pris de pitié, il indique sa propre peau d’un geste vague. Hein ? Je me penche et scrute mon reflet dans un rétroviseur. « Putain. » J’ai foutu du cambouis partout sur mon front. Me voulant sourde je suis juste devenue dégueulasse. J’essuie machinalement mon visage de la main droite avant de me rappeler le bandage. « Putain ! » Mon sang y parait noir. Mais merdeuh. Juste merde. Et bien merde. Je me lève en défaisant la bande, frappant mon tabouret au passage.  « Pu ! Tain ! »

La porte du vestiaire claque, lourde et épaisse, derrière mon passage. Je jette le bandage à la poubelle et mes yeux aux ciels. « AAAH ! » j’exulte histoire d’expulser un rien de la frustration qui gronde dans mon entier système. Cette pièce m’abrite infiniment de sa voix, n’en reste qu’un vague fracas qui bute contre le verrou. Devant le miroir, j’hésite entre m’occuper de la plaie qui pulse avec violence au creux de ma main ou ces ridicules peintures de guerre qui maculent mon front. « Putain… » je souffle en pressant maladroitement un linge mouillé contre ma peau tandis que ma main droite pend, inutile, contre mon flanc. « D’ici, on te croirait tendue. » titille la voix de Foxy depuis sa cachette, derrière la porte menant aux douches et aux casiers. C’est leur partie à eux, celle de la testostérone, la mienne ayant été aménagée bien à l’opposé par mon père et deux trois bouts de taule. J’aimerais lui répondre mais j’aime mieux ne pas le faire encore. Je préfère l’ignorer sans qu’il y croit une seconde et l’attirer en dehors de son terrier quand il ne supportera plus de ne pas constater l’impact qu’ont sur moi ses jeux, ses yeux et sa voix.
« Approche. » il ordonne avec douceur dans un élan d’autorité qui me fait l’effet d’un lasso serré avec force tout contre mon ventre et autour de mon torse. J’obéis après une maigre période de résistance fière, superbe mais perdue parce qu’il ne la verra pas. « Quoi ? » je geins contre la porte me séparant de lui. Se vengeant, il me laisse à l’incertitude du silence. Je souris, me laissant glisser le long du mur et me rends compte, durant la chute, que je l’écouterais chanter à m’en rendre sourde. Une invisible main vient soulever ma cage thoracique, rendant le tout un instant léger et euphorique. Assise et presque patiente, je tends l’oreille. « Qu’est-ce que tu fais là-dedans ? » Un bruit lui échappe dans un effort. Bordel… Son gémissement innocent à tout de l’éloquence du sexe. Un frisson dévore mes bras, parcoure mes seins et dresse ma nuque. « Je me change. » il lance comme si l’idée ne déchainait pas un torrent d’images dont mon imagination se régale. « Besoin d’aide ? » je souris avant de punir ma lèvre. Son rire me parvient, mélodieux à en faire rougir les musiciens. Il me trouve au sol, vaincue et sale, quand il ouvre la porte. Ses yeux scannent les urgences que sont ma main coupée et mon front avec inquiétude et amusement. Je fais la moue, pauvre biche blessée et abusée par un monstre, tant j’en redemande. Alors il me relève, la chaleur de sa main dans la mienne diffusant un courant électrique qui me ramène à la vie. Qui me renvoie à la lutte. « Assieds-toi. » Mais je m’exécute.

Je pose mon corps automate et rien qu’un instant son esclave sur un fauteuil improvisé par deux pneus usés. Je ne perds rien de ses mouvements quand il me tourne le dos et s’occupe à préparer une mallette de premiers secours pour mon front et un peu d’essence et de savon pour ma main. Ou l’inverse. Avec un spectacle pareil sous les yeux je ne réponds plus de rien. Il n’a jamais autant ressemblé à une brute apprivoisée, une bête assagie, qu’en s’affairant pour moi, l’air de ne plus vouloir être en cage. « Turner. » Il dégueule tout à coup, gâchant le moment. Je suis son regard sur ma coupure qui pourrait tout aussi bien porter son nom. Turner la plaie. Turner l’enflure. « Il est… gentil. » continue prudemment Foxy en trainant une chaise et son butin jusqu’à moi. « Rrht. » Pitié. « Traitre. » Quelque chose gronde dans son torse, proche du rire mais plus encore du grognement. Il s’assied, ses genoux intercalés entre les miens, trop près pour ne pas s’amuser. L’intimité de notre position m’entête, il gagne du terrain en se grignotant un parcours jusqu’à ma raison ainsi j’enchaine et serre le poing afin que la douleur me ramène à mes sens. « Si tu allais lui parler… » il tente en caressant mon front avec un tissu imbibé d’une recette que nous utilisons souvent. Je me laisse faire, fermant les yeux sous le passage de sa paume. Encouragé, il continue. « Si tu discutais avec lui... Et je veux dire lui parler. Pas d’insulte, pas de menace. Tu verrais. » Je le sais déjà. Il pue la tendresse. Ça crève les yeux qu’il est bon, qu’il est généreux, qu’il a un beau fond. Mais ça ne l’empêche pas pour autant d’être ma putain d’épine dans le fion. Quand j’ouvre les yeux, les siens les attendent. Une décharge nait dans mon ventre, court sur mes jambes, s’attarde ailleurs et vient mourir ici, quelque part dans la région du cœur. J’acquiesce pour ne rien dire. « Viens le voir avec moi. » Il cale contre mon poignet sa paume qu’un miracle a gardée douce. « Viens. » Il insiste et son murmure en moi se perd.

« D’accord. » Je cède, n’ayant rien à perdre. Son air incrédule mais ravi me laisse savoir qu’il ose à peine y croire. Je lui tends ma main droite, la posant, blessée et ouverte, sur sa cuisse afin qu’il s’en occupe. Alors il s’affaire, contenté par sa victoire, appliqué comme soumis par une douceur qui me vrille le crane. Il me soigne de ses gestes légers, ses yeux pesant lourd sur mes traits au sein desquels il redoute l’expression d’une douleur qui serait sa faute. Je savoure. Sa tâche accomplie, il dispense ses outils en gardant ma main sous les siennes et mon visage sous ses cils. Il m’attire à lui, l’air de vouloir partir vers l’autre avant que je ne change d’avis. Je force son pouce à presser contre ma coupure molletonnée, appréciant l’éclair qui se répand jusqu’à encourager mes instincts tendus vers la bête sauvage m’ayant sauvée.  Je le retiens, l’empêchant d’accomplir son triste dessein m’imaginant auprès du coq et son calumet. Il n’insiste pas, toujours en place sous mes doigts qui lentement le parcourent. Je récolte comme l’on reçoit une prière l’impact de son souffle court sur mon cou quand je quitte mon siège pour ses jambes et m’installe tout contre lui. Je le possède, le domine autant qu’il me tente. Ma main saine empoigne ses longs cheveux qui souvent m’obsèdent, l’obligeant à me regarder dans les yeux. Je serpente paresseusement sur son corps, figure immortelle d’une amoureuse en plein acte. Il répond à mes appels, me prend de court quand ses mains trouvent refuge sur ma peau qu’elles consument de caresses. Il m’arpente. Il m’apprivoise, il m’apprend. Un gémissement m’échappe et semble l’atteindre de plein fouet. « Tout compte fait… » je murmure sur ses lèvres qui m’appellent. Et il bouge sous mes hanches. Inconfortable, vaincu, délicieux. « Je préfère bouffer un phoque que papoter avec Turner. » Je ne suis pas certaine qu’il m’ait entendue. Je ne suis pas sûre de l’avoir dit avec force non plus. J’ai le sentiment d’être réduite à mes sensations au supplice, ma peau appelant sa peau, sa chaleur se répandant, magique, dans tous mes instants fragiles. Alors j’insiste et me fige. Me défais de lui contre tous mes instincts. En dépit de tous mes besoins. Je me hais aussi fort qu’il me plait de le trouver là affamé et malheureux. « Tu devrais souffler un peu. » je propose en me relevant, trahie par ma voix rauque. Ressaisis-toi, bordel. J’ai beau chercher je ne trouve pas une seule bonne raison de ne pas le finir. De ne pas le déshabiller, qu’il me donne un siège où je pourrai le bouffer cru. Je n’ai pas un seul argument, quand je contemple le tableau de ses cheveux défaits, ses jambes lourdes, ses vêtements froissés et son irrésistible expression terriblement virile. Ce mélange unique : blessé et furieux. Aussi violent que son envie est irrépressible. Il se jetterait d’un bond sur moi que je ne serais qu’à moitié surprise. Mais voilà que j’entends l’autre dont le bruit me revient tandis que mes sens s’éclaircissent. Je pousse un soupir. Voilà pourquoi. Je recule avant de ne plus avoir la force ou la folie de le faire. J’admire mon œuvre, l’état dans lequel il reste. Je mords une lèvre. Tournant le dos je redirige le peu de force qu’il me reste vers mes jambes afin qu’elles me portent et m’aident à ne pas avoir l’air perdue. J’ouvre la porte, et me retournant vers lui craque un sourire. Bordel.  « D’ici, on te croirait tendu. »

En retournant au monde tel qu’il est resté en dehors des vestiaires, je me maudis, je me maudis, je me maudis de tout mon être. J’ai envie de hurler à la mort, de m’ouvrir en deux, de me foutre en l’air du haut d’une falaise. Une frustration pénible et persistante se dispute mes attentions tandis que le sentiment déchainé d’avoir puni un affront m’ayant été fait sans vergogne s’estime victorieux. Alors j’enquille, je cède et l’écoute pour ne pas devenir folle. Je tire sur mes vêtements défaits, attache mes cheveux dont l’état me trahirait et retrouve ma place en espérant que ma peau n’a pas chauffée aussi fort que je le ressens à chaque endroit qu’il a touché ou insisté de ce regard que je me griffe pour oublier en vain.

« Hé ho hé ho, on retourne au boulot ! ♪ »

Putain.
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« I felt like destroying something beautiful. » || Lia & Allan

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