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 “black and blue”  kyllian • cassandra

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MessageSujet: “black and blue”  kyllian • cassandra   Jeu 16 Juil - 15:39


Il me semble n’être qu’un mur contre lequel percutent remarques et regards. J’ai le sentiment déplaisant d’avoir emprunté à un fantôme son allure. Au travail, je ne suis qu’un personnage secondaire, un programme placé dans le fond et qui ne se meut ni ne parle à moins que l’on s’en approche pour déclencher l’une des trois phrases codées dans son système. Ainsi il me plait de dévier du script, de déranger l’affreuse obsolescence qui attraie à mon rôle afin de marquer ces joueurs, les choquer ou les secouer un instant afin de leur rappeler qu’ils s’adressent à un être vivant.

Ils défilent, entassés. En duo ou en groupes, ils ne se lâchent pas des yeux et se disent partager la complicité d’un instant quand la vérité avouera qu’ils sont tout simplement terrifiés à l’idée de se trouver seuls parmi la foule. Ils cherchent, s’improvisant pionniers, une nouvelle ruée vers l’or. Ils se ruent comme des affamés sur les distractions qu’ils vendangent à la pelle, les dévorant sans égard pour leur génération qu’ils condamnent de leurs maniaques ritournelles. Rendus aveugle à leur écœurante décadence,  ils sont depuis longtemps persuadés vivre des vies bien faites, bien pleines. Et nos époques privées de génies connaissent de nouveaux jours sombres que les fantômes tels que moi épaississent d’une nouvelle couche de ténèbres.
Au-dessus des ombres planent ceux que nous ignorons avec servitude : les médecins, les chercheurs, les pompiers, les ingénieurs… il me semble être l’unique pièce dispensable à avoir consciente de n’être que ceci : une figurante dans le grand film de leurs vies. Le visage qu’ils croisent dans la foule. Le symbole du genre humain qui leur obéit et les inspire. Ils sont le monde car ils le façonnent. Ils sont ceux que nos mémoires iront coucher dans nos livres. Le seul témoignage qu’il nous faut préserver de cette ère bête et cruelle. Errant et hagards sur les remparts de l’ivresse, nous nous confondons avec les échappatoires qui s’abreuvent de notre sang, de notre temps, de notre argent. Et, heureux de saigner pour nous bourreaux, nous en redemandons. Nous cherchons dans une prochaine distraction le moyen d’éviter la dure réalité qui nous verra mourir aussi vieux que creux. Notre âge sombre grignote avidement les suicides de nos âmes posées en sacrifices dans nos télévisions, téléphones, bars ou cinéma… et ces dieux de temps et d’argent viennent, vieux comme le monde, se régaler de nos offrandes.

Je les plains en déchirant les tickets qu’ils récupèrent de mes mains froides. De toutes leurs passions, celle-ci est peut-être l’une des rares qui puisse me faire entendre raison. Les abandonnant au noir je me souviens des heures passées. Des soirées auprès de ma sœur où une œuvre allait puiser en elle des larmes ou éclats de rire dont le secret me dépasse toujours. Des instants où David me saturait les arguments de son enthousiasme invincible pour l’armure qui trône dans sa chambre, près de son lit. Des moments où mon cœur a été pris au piège, puissamment retenu par un film en particulier qui m’aurait obsédée jusqu’à envahir mes jours et mes nuits. Des visages que j’ai idolâtré et qui m’ont prise pour lentement me rendre sans demeurer où que ce soit, ni tapis dans ma mémoire, ni peints sur mes os redevenus l’immaculée traduction de mon ennui virginal plus universel encore que leurs rêves.

Voici qu’ils sortent, se déversant dans les couloirs comme échappant au ventre d’une bête où résonne la musique d’un virtuose. Ils commentent, débattent, critiquent et dissèquent l’animal. Je fends leur sillon, m’infiltrant à contre-sens dans la salle qu’ils ont désertée tandis qu’elle garde comme un dernier soupir, son meilleur cadeau. La composition d’un génie qui a créé, à partir de rien, un monument de musique dont personne ne profite. Leur absence écrase ma déception les ayant abandonnés depuis longtemps. Il me semble alors qu’un lien se tisse, secret, entre les notes et ma petite existence qu’elles agrandissent, sourdes à mes abominables réticences.
Je remarque, déambulant parmi les tombeaux que sont devenus les sièges vides encore chauds, que tout le monde n’est pas sorti. Un jeune homme est toujours assis dans son fauteuil. Le rapport privilégié entre le meilleur moment du film et moi ne le sera donc pas tant que ça. Et bien soit.

Je me laisse tomber sans bruit à côté de lui, cherchant sur ses traits un indice quant aux émotions que lui auront inspiré les deux heures du tableau qu’il vient de contempler dans la pénombre. « Cadeau de la maison. » je lui présente le cornet de popcorns que je viens de me servir en l’appuyant sur l’accoudoir. « Pour savoir profiter d’un générique comme il se doit. » Je le complimente sans sourire, sans humour. Le nom du réalisateur apparait à peine, le défilé mélodieux ne faisant que commencer. Je me laisse séduire, ferme les paupières un instant avant de souffler, appréciative : « Rien ne vaut la fin. » Jamais rien.
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“black and blue”  kyllian • cassandra

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